Depuis la nuit des temps, l'Homme se pose une même question : sommes nous vraiment seul ?
Que ce soit sur terre ou bien ailleurs, dans l'au-delà, l'être humain à souvent chercher des réponses sans jamais en trouver. En quête d'une chose qui serait son égal, un être qui lui serait supérieur, un modèle, peut être, ou encore un ennemis, ses recherches, hélas, ont toujours étaient vaines.
Années après années, siècles après siècles, de nouvelles questions étaient soulevées, mais toutes restaient sans aucune réponses et ce malgré les incessantes recherches, les gigantesques et terribles inquisitions et les nombreuses battus. L'ignorance reignait.
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Des gouttes de pluie s'écrasaient contre la fenêtre.
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Chillin
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MessageSujet: Des gouttes de pluie s'écrasaient contre la fenêtre.   Ven 1 Jan - 9:46


Un air de Chopin, en grand amoureux que j’étais, venait rebondir contre les murs. Quinze heures, et aucun client n’était venu troubler le bonheur que me procurait la tranquillité. J’étais en train de faire la rosace d’un luth juste pour le plaisir d’en créer un nouveau. Le luth, un instrument peu sonore. Parfait pour faire la cour à une demoiselle dans la quiétude d’un jardin, un soir d’été, avec pour seul trouble la faune. J’avais pris plusieurs jours pour réaliser le dessin de cette rosace. Je les aimais compliquées, riches en détails, parfaitement symétriques. Je voulais qu’elles  coupent le soufflent à ceux qui les verraient. Même si plus personne ne demandait des luths et que je finissais par être le seul à en jouer. Tout le monde voulait des guitares, des guitares électriques, des basses. OK, « tout le monde », les rares personnes qui rentraient dans la boutique. Tant mieux que j’avais un site internet et que mes ventes étaient plus concluantes en ligne. Enfin, ce n’était pas comme si j’avais réellement besoin d’argent. Mais les instruments avaient besoin de quelqu’un pour les dompter. Un instrument sans musicien n’avait pas lieu d’être. Et ceux que je créais n’attendaient que le jour où quelqu’un passerait la porte, les caresserait, les comprendrait. Il y aurait un long discours où ils se feraient l’un l’autre la cour.

J’étais assis à mon établi, entouré de mes divers outils. Sur une autre table, une guitare sèche était en plein collage du fond. Elle était presque finie. Il n’y aurait plus qu’à faire les filets, les finitions du manche, le collage du chevalet et il ne me resterait plus qu’à poser le vernis que je préparais moi-même. De vieilles recettes plutôt que ceux tout prêts industriels pleins de produits dont je ne pouvais même pas prononcer le nom. Comme si j’allais poser des substances complètement agressives sur mes instruments… ceux d’Antonio étaient encore beaux et pleins de splendeur aujourd’hui. Qu’est-ce qui me permettrait de croire que ces traitements inconnus n’allaient pas juste tout foutre en l’air ?

Bref, j’étais en train de travailler, et de me parler à moi-même, comme d’habitude. Je connaissais chaque note du morceau que j’écoutais. Je visualisais même la partition quand je fermais les yeux. Et je pouvais, si je me laissais aller, imaginer à nouveau son souffle court et ses mains agiles, quand son cœur s’emportait sur son piano. Le bon vieux temps. Je rouvris les yeux. Des gouttes assombrissaient le sol, dehors, venaient glisser et se perdre contre les fenêtres. Le bruit de la pluie ne rentrait qu’imperceptiblement dans la pièce, tellement qu’il fallait que je tende l’oreille pour l’entendre. Il faudrait que je passe le balai plus souvent, dans cette pièce. Il y avait toujours trop de sciure, de morceaux, de poussière de bois. Ce masque chirurgical qui ne quittait plus mon visage me servait aussi à ne pas respirer trop de trucs pas trop bons pour le corps, c’était pratique, pour les moments où je n’avais envie d’enfiler un meilleur équipement alors que je savais que je le devrais.

M’enfin, couper mes rosaces n’allait pas me tuer. Je sentais arriver la clientèle. Je ne savais pas pourquoi, mais ma boutique était toujours plus attrayante quand le temps y mettait du sien. Les gens fuyaient le mauvais temps dans le premier endroit qu’ils trouvaient pour s’abriter, et je leur offrais un parapluie en leur demandant poliment de sortir s’ils n’étaient pas intéressés par les instruments. Ça me mettait toujours mal à l’aise d’avoir un contact avec eux, mais avec un peu de volonté, j’avais l’air assez intimidant pour ne pas avoir à me répéter. De toute façon, j’étais un dieu de la pluie, et intérieurement je le serais toujours, même faible. Venir dans ma boutique, c’était rentrer dans l’antre de la pluie plutôt que de la fuir.

Les gens passaient la grande double-porte, assez large pour laisser passer un piano, même si on ne risquait pas de faire passer un piano entier de cette façon, c’était toujours bien d’avoir de grandes portes. Dès les premiers pas, on remarquait l’aspect un peu « caverne d’Ali baba », avec cette omniprésence des instruments qui allait jusqu’à recouvrir les murs. L’espace disponible ne servait qu’à circuler pour avoir accès à tout ce que la boutique avait à proposer. Quelques sièges confortables permettaient à ceux qui le désiraient d’essayer les instruments. Au centre de la pièce trônait un magnifique piano datant de 1921 que j’avais fini de rénover depuis quelques semaines. Son son était rond, ses harmonies riches. J’avais connu mieux, mais il était bon. Il n’attendait que la bonne personne. Comme tout le monde, peut-être ?

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MessageSujet: Re: Des gouttes de pluie s'écrasaient contre la fenêtre.   Ven 1 Jan - 17:16



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En voyant l’éclatant soleil qui réchauffait la ville de Détroit, avant de quitter sa maison, Edelweiss jugea inutile la prise d’un parapluie. La jeune femme avait passé sa journée à lire devant la télé (elle se trouvait incapable de se concentrer sans bruit de fond), avec ses deux animaux de compagnie autour d’elle. Son oiseau ne pouvait quant à lui pas quitter sa cage pour des raisons évidentes, et s’était contenté d’entamer un chant joyeux depuis la chambre de la jeune femme, qu’il ne quittait que rarement. Comme tous les chats du monde entier, celui d’Edelweiss choisit le pire moment pour vouloir un peu d’attention. Il se mit devant son livre une fois, puis une seconde, et elle capitula. Le seul moyen de distraire un félin pareil, c’était avec de la nourriture. En fouillant dans le placard où croquette et pâtée étaient cachés, elle constata qu’il ne restait ni l’un, ni l’autre.

C’est à contre cœur qu’elle abandonna son pyjama pour une robe noire et enfila la paire de talons avec laquelle il lui était le plus facile de marcher. Tressant ses cheveux sur le côté pour se donner un air soigné, elle quitta sa maison en adressant un dernier regard désespéré derrière elle avant de fermer la porte. Si le magasin n’était pas loin, ça n’empêcha pas Edelweiss d’être distraite par les boutiques sur la route. Il était 15 heures quand elle sortit de l’épicerie avec un sachet de croquette sous le bras… Et deux nouvelles plantes à ajouter à sa collection – Une gloire des neiges, sa plante favorite, et une variété d’Iris dont elle n’avait pas retenu l'appellation. Sur le chemin de retour, elle ne put penser qu’au nom qu’elle leur donnerait. Peut-être consulterait-elle son colocataire, Poss, en rentrant.

Elle sentit bientôt de l’eau sur son visage, et leva des yeux interloqués au ciel. L’instant d’après, une pluie lourde s’abattit sur la ville, et Edelweiss ne put pousser qu’un long soupir. Elle s’osa à continuer sa route pendant une dizaine de secondes, déterminée à rentrer chez elle le plus vite possible, avant de se réfugier dans la première enseigne qu’elle trouva en serrant ses pauvres plantes contre elle. Poussant la porte avec son épaule – ses mains n’étaient pas libres -, elle fit quelques pas dans la pièce, regardant autour d’elle avec des yeux curieux… Et constata que, dans les faits, elle ne voyait rien du tout, la faute à ses lunettes trempées. Après les avoir retirée, elle déposa soigneusement ses affaires près de l’imposante porte d’entrée et esquissa quelques pas timides à travers la pièce.

Alors qu’elle s’apprêtait à annoncer sa présence, elle remarqua un grand piano qui se dressait au centre de la pièce. Cela faisait un certain temps qu’elle n’en avait pas joué, et Edelweiss se sentit obligée de vérifier qu’elle n’avait perdu aucune de ses prédispositions pour la musique. Elle s’en approcha doucement et joua quelques notes simples par curiosité.

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MessageSujet: Re: Des gouttes de pluie s'écrasaient contre la fenêtre.   Dim 10 Jan - 19:49


J’ai relevé la tête en entendant le bruit de la porte qui s’ouvrait. Habituel. Je devrais installer une pancarte pour expliquer que cette boutique était loin d’être un refuge pour les personnes fuyant la pluie. C’était vraiment l’une des choses qui m’agaçaient le plus. Il y avait bien d’autres endroits où aller. Je me levais avec lassitude, attrapant déjà un parapluie, prêt à refouler les petits curieux tout humides qui venaient troubler mon antre. J’avais alors écouté avec consternation les quelques notes sur le piano. Jouer avec des mains humides (mouillées ?) d’un instrument ? Les humains de ce siècle ne savaient donc pas que les variations d’humidité étaient très mauvaises pour les instruments en général ? Mais je ne fis que m’approcher, silencieusement d’abord, avant de finalement trouver une formule relativement polie pour expliquer la chose.

« Excusez-moi, mais les instruments n’aiment pas l’humidité. C’est un vieux piano que j’ai rénové il y a peu de temps, il est donc assez fragile. »

Je jetais un coup d’œil à la jeune femme, remarquant ses lunettes parsemées de gouttes d’eau. Je partis un instant le temps de lui chercher une serviette et un mouchoir, qu’elle puisse se sécher les mains et voir ce qu’elle faisait. Je lui tendis le tout en évitant soigneusement le moindre contact. J’avais posé le parapluie contre un mur. Je ne savais plus trop quoi faire. Allait-elle jouer ? Devais-je m’en aller ? Devais-je essayer de vendre mon « produit » ? Peut-être qu’éteindre mon enceinte serait déjà un bon début. Qui ne serait pas intimidé devant un piano lorsqu’un air de Chopin retentissait ? Je m’adossais là où je pouvais, même si la pièce était surchargée. Je triturais un peu le masque chirurgical que je portais histoire d’être sûr qu’une grande partie de mon visage restait invisible pour elle.

« Vous jouez depuis longtemps ? »

C’était le genre de questions que j’avais l’habitude d’entendre. On posait souvent la question après avoir exécuté un morceau, et comme je ne l’avais même pas entendue jouer, ça pouvait sembler mal placé. Si elle finissait par jouer mal, alors qu’elle me répondait que oui, ça faisait longtemps, je ne saurais comment réagir face à ça. Evidemment, je ne pourrais être franc, je présenterai une excuse pour me retirer et ne plus avoir à faire la conversation, remerciant la jeune femme d’avoir le courage de jouer devant un inconnu… J’espérais qu’elle allait m’éblouir. Je me demandais si elle allait commencer par un morceau rythmé, compliqué, où les doigts semblent s’emmêler et s’envoler, courir sur le clavier ; ou bien serait-ce lent et langoureux, où la voix du piano glisse contre la peau comme un murmure. Peut-être quelque compositeur inconnu, au nom imprononçable, ou des classiques que mes mains et ma tête connaissaient par cœur ?

La pluie rendaient flous les contours de la rue, à travers la fenêtre. Les gouttes d’eau se pourchassaient en rejoignant le bord de la vitre, comme si elle pleurait. Les voitures se succédaient. Leur bruit rentrait à peine dans les pièces. Le double-vitrage était l’une des seules bonnes choses actuelles, avec la musique. Je pensais à mon vélo dans le couloir qui jouxtait la boutique, qui n’aimait pas la pluie ; peu de choses aimaient la pluie, à vrai dire. Elle devait faire partie de ces gens, comme elle était venue se réfugier à l’intérieur. Elle devait être passablement stupide pour se balader en robe dans la rue, en hiver. Les gens de ce siècle avaient souvent de drôles d’idées. Je savais qu’il y avait quelques excentriques, mais cette jeune femme paraissait plutôt ordinaire. Elle était soignée, avec ses cheveux bien en place ; elle portait des talons rien que pour aller faire les courses, vu les sachets qu’elle avait emmenés avec elle. Je ne m’en étais pas rendu compte directement, mais elle devait mourir de froid.

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MessageSujet: Re: Des gouttes de pluie s'écrasaient contre la fenêtre.   Mar 12 Jan - 21:51



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Edelweiss n’entendit pas le garçon s’approcher, et sursauta donc quand une voix mystérieuse l’interpella. Retirant vivement ses doigts du piano, comme si elle avait commis quelques actes criminels, elle fit face à l’étranger et lui lança un sourire poli. Alors qu’elle s’apprêtait à le complimenter sur la qualité de sa rénovation (qu’elle entendait dans le son idéal de l’instrument), le jeune homme partit. Ne sachant dire s’il était très impoli, très étrange, ou très occupé, elle fut surprise de le voir revenir avec de quoi essuyer ses verres de lunettes… Et de s’essuyer elle.

« Bonjour », commença-t-elle, quelque peu déconcertée par l’attitude du garçon. « Et merci. »

Elle prit le mouchoir dans sa main et commença à essuyer les verres de ses lunettes avec soin et attention, tout en fixant le jeune homme qui n’était décidément pas très bavard. Il la dépassait d’un bon 20 centimètres, ce qui l’aurait intimidé à une autre époque, mais comme tout le monde dépassait son pauvre mètre soixante, Edelweiss avait dû vite s’habituer à l’évidence : La dépasser, c’était être d’une taille normale. Dans le flou de sa vision, qui s’était améliorée maintenant qu’elle ne portait plus de monture trempée, mais qui restait mauvaise, elle devina des cheveux blonds sur la tête du jeune homme. Mais à cette distance, elle ne pouvait que deviner la couleur de ses yeux, qu’elle pariait vert ou bleus.

« Vous jouez depuis longtemps ? »

La question la saisit par surprise : Cela faisait bien quelques années qu’elle ne l’avait pas entendu. Elle dévisagea le garçon un instant, comme s’il venait de dire la bêtise de ce siècle puis détourna le regard pour remettre ses lunettes parfaitement nettoyées sur l’arrête de son nez.

« Ça fait quelques temps, oui. Mais je ne joue plus. » Il apparut à Edelweiss que c’était exactement ce que le garçon attendait d’elle : Qu’elle joue. Les quelques notes qu’elle avait osé auparavant avait dû l’induire en erreur, et il devait la penser musicienne. Elle regarda le piano nouvellement rénové un instant, hésitant à se lancer, mais se ravisa. À la place, la jeune femme choisit de changer de sujet, pour attirer l’attention du gérant sur quelque chose d’autre.

« C’est un travail… considérable que vous faites. »

Elle joua avec une mèche rebelle de ses cheveux mouillés, regardant autour d’elle, maintenant qu’elle voyait clairement. Des instruments peuplaient l’espace de la boutique jusqu’à la surface des murs. Quand elle pensa à s’approcher de l’un d’eux, elle se rappela de la réaction précédente du gérant, et resta bien à sa place. Alors, elle tendit les oreilles, et entendit le bruit familier de la pluie, qui s’écrasait sur le pavé extérieur. Pas question pour elle de faire quoi que ce soit qui pourrait lui valoir d’être jetée dehors.  Alors elle rajouta :

« Et impressionnant. »

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MessageSujet: Re: Des gouttes de pluie s'écrasaient contre la fenêtre.   Dim 31 Jan - 17:22


J’avais fait fi de sa façon de me regarder, voilant mon visage de mon éternelle indifférence. J’avais vu ce léger mouvement d’hésitation, avant qu’elle ne se ravise. Elle avait failli jouer, elle avait préféré ne pas le faire. Je n’avais rien dit. Ça ne me regardait pas. Elle avait arrêté de jouer, avait-elle dit. Depuis longtemps, apparemment. Elle attendait que l’orage passe et qu’elle puisse rentrer chez elle sans se faire à nouveau arroser. Devais-je lui tendre un parapluie ? Ou allait-elle essayer de me faire la conversation ? Un coup de tonnerre. Pourquoi pleuvait-il aussi fort ? Même avec un parapluie elle serait mouillée. Avais-je assez bon cœur pour lui permettre de rester ? J’avais presque envie de soupirer. Ça ne me menait pas bien loin, d’être généreux. Mais à mon âge, je me disais que je n’avais plus le temps, ni le courage de virer cette pauvre petite. Elle avait choisi la conversation.

Je n’avais pas vraiment réagi d’abord. C’était assez prévisible que de changer de sujet, mais je n’avais pas spécialement envie de creuser le précédent : sa vie privée, ses motifs personnels ne regardaient qu’elle. Je ne voulais pas savoir ce qui pouvait éloigner quelqu’un de la musique, à vrai dire. Des options comme la « flemme » ou le « manque de temps » n’étaient pas des excuses valables. Rien n’était valable. J’espérais en tous cas que ce n’était pas pour ça. Mais quel sujet ne choisit-elle pas ? J’embrassais du regard la quantité d’instruments considérable qui avait pris possession de la pièce. C’était leur royaume. Et je n’étais que celui qui devait les habiller. Leur parfum, leur passion, leurs courbes, leurs lignes, tout, dans les instruments me serrait le cœur.

« La maîtrise vient avec le temps. L'habitude s'installe, les mouvements se précisent. Puis on sent l'âme. L'âme du bois qui se transforme. Pour devenir l'instrument. Les courbes et les lignes donnent vie à une toute autre créature mystique qui servira de corps à la musique. »

La flamme de la passion éclairait mon œil heureux. La musique. La seule discussion que je voulais avoir. Ma seule raison d'être encore là et pas en train de sommeiller pendant l'éternité pour finalement mourir dans l'oubli. Chaque note sculptait mon être comme des milliers d'aiguilles. Et chaque poussière de bois autant de parcelles de ma vie. Il n'y avait pas mieux, pas plus grand, plus beau, plus frémissant qu'un instrument sous les doigts. Il n'y avait pareille sensation que celle d'entendre un instrumentiste trouvant sa perle rare. Aussi belle qu'une rencontre entre deux amoureux, je me voyais croire au coup de foudre. La musique, quelque chose de plus puissant que l'abstraction de l'amour. Ou peut-être était-ce justement ça l'amour, lorsqu'il n'était pas qu'une notion abstraite ?

« Ça s'apprend tôt, et il faut être motivé, ou plutôt sentir que la fibre de la musique bat dans les veines. Il faut aussi connaitre toutes les sonorités d'un bel instrument et vouloir creuser plus profondément que le beau. Oui, ce métier c'est vouloir toujours aller plus loin, toujours à la recherche d'un son ultime qui ferait chavirer l'âme. »

Je m’étais tu, réfléchissant posément à quoi aller me mener ce discours. Après tout, elle ne faisait que gagner du temps, et la pluie ne semblait pas vouloir s’adoucir. Mes yeux suivaient les trajectoires des gouttes au-dehors qui finissaient leur course au sol. Bientôt, elles sécheraient, et disparaitraient comme si elles n’avaient jamais existé, pour replonger sur le trottoir. Peut-être que je devrais me reconvertir en fabriquant de parapluies, j’aurais peut-être plus de succès, comme cette boutique n’accueillait que ceux qui voulaient fuir les averses. Ce serait passablement ironique, étant donné que j’étais le dieu de la pluie. A chaque orage, j’avais cette terrible envie de sortir pour le sentir contre mon être alors que tout le monde se barricadait. Personne n’aime être trempé. Sauf moi.

Un peu perplexe, je ne savais pas trop quoi lui dire, les détails techniques de la fabrication d’un instrument ne devant pas passionner énormément de monde. Mais une question me brûlait les lèvres, et je ne savais pas si c’était une bonne idée de laisser ma curiosité s’exprimer, mais bon. Après tout, qu’est-ce que j’avais à y perdre ?

« Dites, pourquoi sortez-vous en robe en plein hiver ? »

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(Pardonpardonpardon)
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