Depuis la nuit des temps, l'Homme se pose une même question : sommes nous vraiment seul ?
Que ce soit sur terre ou bien ailleurs, dans l'au-delà, l'être humain à souvent chercher des réponses sans jamais en trouver. En quête d'une chose qui serait son égal, un être qui lui serait supérieur, un modèle, peut être, ou encore un ennemis, ses recherches, hélas, ont toujours étaient vaines.
Années après années, siècles après siècles, de nouvelles questions étaient soulevées, mais toutes restaient sans aucune réponses et ce malgré les incessantes recherches, les gigantesques et terribles inquisitions et les nombreuses battus. L'ignorance reignait.
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'boredom: the desire for desires'
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MessageSujet: 'boredom: the desire for desires'   Lun 29 Fév - 19:58
Je n’avais pas bougé de ma chaise depuis deux heures. Je regardais sans le voir le plafond de la salle. J’écoutais une mixtape que j’avais faite moi-même de Debussy. J’aimais profondément ses compositions. L’impressionnisme me faisait toujours sortir de cet atelier. Il n’y avait plus d’instruments, il n’y avait plus d’outils. J’en oubliais presque l’odeur du bois et du vernis. J’étais ailleurs. Je contemplais les étoiles qui filaient devant mes yeux. Mes poils se hérissaient. Mon souffle se raccourcissait. Je me sentais tellement bien, pourtant. Je n’avais juste pas envie de laisser quelque chose interférer avec ce petit plaisir. J’avais beau adorer jouer, je savais que j’en étais incapable avec Chopin et Debussy. Ils me faisaient ressentir bien trop de choses, tant que j’en oubliais les notes.

J’écoutais, j’écoutais, et, comme je vivais dans l’instant, que j’oubliais ce temps qui n’avait jamais eu d’emprise sur moi, je fus surpris quand plus rien ne vint. Mes yeux s’étaient fermé d’eux-mêmes, ça me surprit aussi. Je n’avais pas envie de me lever. Je n’avais pas envie de mettre un autre CD. Les notes s’étaient entassées sur mon corps, les mélodies zigzaguaient dans mes veines, faisant naître des couleurs imaginaires dans ma tête. J’aurais aimé retourner à cette époque où je pouvais sentir l’air vibrer. Les interprètes n’étaient jamais à la hauteur du compositeur, pour moi. Je revoyais les mains sur les pianos, me rappelais des sensations comme si elles dataient de la veille. Je me souvenais de cette douce et triste transe, comme une étreinte douce et amère.

(...)


Quand je rouvris les yeux, je me rendis compte qu’il était déjà quatorze heures. Je m’étais endormi ? Je m’étirais en baillant. La vie humaine était vraiment ennuyeuse, parfois. C’était l’un de ces jours où je n’avais rien à faire. Je n’étais pas d’humeur à faire des instruments, ni à jouer du violon. Ma harpe me chatouilla l’esprit, mais juste l’idée de devoir monter les marches pour aller en jouer me fatiguait. J’aurais peut-être dû sortir pour m’acheter à manger, mais je n’en avais pas le courage non plus. La flemme, quel fléau.

Evidemment, il n’y avait pas de client. Je jetais un coup d’œil au piano que j’avais restauré peu de temps auparavant. Un beau piano droit, un peu vieux. Il était tellement fragile, quand je l’avais acheté pour en refaire une beauté. Je me levais en soupirant pour aller dans les toilettes du rez-de-chaussée et me passer de l’eau sur le visage. Délivrez-moi de cet ennui, pitié. Je me regardais dans le miroir au-dessus du lavabo, cherchant quelque chose dans ces traits. Dérangé par l’air encore fatigué que j’arborais, je sortis chercher mon masque chirurgical blanc. Je passais derrière mes oreilles les deux fines bandes de tissu élastiques qui permettaient au masque de rester en place, et finalement je m’assis sur une chaise de la partie boutique. J’avais attrapé une guitare classique que j’avais faite moi-même (comme… tous les instruments ou presque de cette boutique, à vrai dire) au passage, pour commencer à jouer des morceaux de Joe Hisaishi que j’aimais. Ce n’était pas si mal, effectivement, et ça passait bien à la guitare. Je jouais toujours les yeux fermés. Me priver de la vue semblait mon ouïe. Et mon toucher. Je me demandais si je pourrais créer un meilleur son encore. J’espérais profondément que oui. Juste pour être capable de toucher les cœurs insensibles à la musique.

Et le temps n’existait plus. Il n’avait jamais existé qu’avec les mortels.
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MessageSujet: Re: 'boredom: the desire for desires'   Mer 2 Mar - 15:38



C'était une autre de ces journées-là. Un peu de pluie, beaucoup de silence, comme si l'hiver ne voulait jamais en finir. Il y avait quelque chose de triste au mois d'Février, un je-ne-sais quoi de gris et morose. Le ciel semblait toujours s'y figer comme un tableau blanc et les passants vidaient  trop rapidement les rues pour laisser place à de grandes avenues vides, sinon couvertes de sinistres parapluies noirs. L'hiver. Une saison qui, malgré la présence indéniable d'instants heureux, ne laissait place qu'à un quotidien d'attente et d'amertume, si ce n'est pour quelques monstres bien content d'se débarasser des humains. Pour les autres, c'était surtout une excuse pour rester chez soi, au chaud, loin du froid et d'la brume de Détroit.

Bizarrement, ce jour-là, Alec n'avait absolument pas l'intention de s'enfermer dans son appartement grisâtre, coupé du reste du monde. C'était comme si, pour une fois, l'envie de sortir s'était manifestée toute seule sans même qu'un besoin vital d'air n'ait été impliqué. Sortir, oui. C'était une idée qu'il n'avait pas l'habitude d'apprécier. Peut-être finierait-il par changer d'avis, un jour ou l'autre. Peut-être que l'extèrieur n'était pas si terrible que ça. Peut-être même qu'il s'y habituerait.  
Un regard rapide sur son environnement de travail avait suffit à lui trouver une bonne excuse pour se sortir de sa torpeur matinale. Combien cela faisait-il de temps que tous ces objets s'entassaient en vrac sur son bureau? Il y avait de tout: carnets, papiers froissés, plans et notes de toutes formes. Son regard s'attarda néanmoins sur une vieille basse posée en équilibre entre le mur et le coin d'une petite table noire. Il l'oubliait tout le temps, celle-là, si bien qu'il n'avait pas remarqué la fine pellicule de poussière qui s'était accumulée sur le vernis Sunburst de l'instrument. Une vieille relique, certes, mais qui devait bien coûter quelque chose. En somme, c'était l'occasion idéale de faire le tour des magasins de musique du secteur.

Alec s'était finalement décidé à se bouger en début d'après-midi. La pluie s'était arrêtée et un rayon de soleil bienvenu avait même décidé à pointer le bout de son nez. C'était plutôt une journée agréable lorsqu'il ne pensait pas à toutes les galères qu'il pourrait encore lui arriver. Mais après tout, il n'y avait pas à s'inquiéter. Il ne visitait peut-être pas souvent de magasins de musique mais en savait assez pour deviner ce genre de lieu assez calme.
La première boutique se trouvait dans les quartiers excentrés de Détroit, à une poignée de minutes de chez lui. Il était passé devant, quelques fois, mais n'avait jamais vraiment prêté attention au bâtiment. Une grande porte-vitrine laissait entrevoir une pièce spacieuse remplie d'instrument de toutes sortes, couvrant le sol comme les murs. Le sans-visage hésita quelques secondes avant d'y entrer.
Il y avait un air de guitare classique et une odeur de vieux bois: le genre d'endroit où les musiciens devaient passer une éternité. Alec, la basse remontée sur son dos, chercha du regard un vendeur avant de remarquer une silhouette assise au coin du magasin, une guitare à la main. Il l'interpella:

- Hum. Excusez-moi?

Il était visiblement le seul client présent dans la boutique, à moins que le blond paré d'un masque blanc – ce qu'il n'avait qu'à peine remarqué - n'en soit pas le gérant.

- Oh. Désolé, j'voulais pas vous couper dans votre morceau. Heu...Je cherche juste à vendre une vieille basse qui m'sert plus. Enfin, qui m'a jamais vraiment servi. Vous gérez le magasin?


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MessageSujet: Re: 'boredom: the desire for desires'   Jeu 3 Mar - 21:46
J’avais arrêté de jouer dès que j’avais entendu la porte s’ouvrir. Brebis égarée ou véritable client ? J’avais tourné ma silhouette – j’étais dos à la porte – vers l’inconnu. Je vis la housse d’un instrument par-dessus son épaule, alors j’avais posé la guitare là où il y avait de la place (elle était rare, mais rien n’était impossible), et je m’étais levé pour me diriger vers cet homme. Mon masque était bien en place, impossible de voir mon visage à part mes yeux. C’était rassurant. J’affichais cet air profondément détaché pour cacher un certain malaise devant l’étranger. C’était le seul mauvais côté de gérer une boutique : les étrangers. Les rencontres. Les poignées de main, parfois, quand ils étaient trop tactiles pour mon bien. J’avais souvent une excuse : j’ai de la sciure ou de la poussière plein les mains, j’applique un vernis, je suis malade ; pour éviter le contact.

Mais ça allait quand on parlait de musique. C’était le seul terrain où je me sentais avantagé par mon âge et mon expérience ; j’étais comme ceux qui conseillaient les meilleurs vins mais avec mes instruments. Non, j’étais plutôt comme ces entremetteurs qui cherchaient le meilleur partenaire pour les désespérés solitaires. La musique était une question d’amour. Et lorsque j’assistais à cette reconnaissance de l’autre, au coup de foudre, je ne pouvais m’empêcher de sourire. C’était peut-être pour ça, aussi, que ce métier me plaisait : être capable de créer le coup de foudre, d’une façon ou d’une autre.

« Je gère le magasin, oui. »

Je ne pris pas la peine de sourire, il ne l’aurait pas vu. L’ouïe pouvait le percevoir, mais j’espérais que la sienne n’en était pas capable. Revendre un instrument ? Je l’invitais à rentrer dans la partie atelier, séparée de la partie boutique par un mur inexorablement ouvert par une arche large.

« Vous pouvez la poser sur cette table. »

J’indiquais la surface la moins encombrée. Il y avait plusieurs tables pour me permettre de jongler entre mes projets dans la salle, et surtout un piano droit que je restaurais avec grand soin. Les pianos droits et moi avions toujours été secrètement amoureux, même si je valsais avec les violoncelles et les harpes pour attiser leur jalousie. A vrai dire, le piano me rappelait trop de souvenirs… compliqués pour qu’il puisse un jour être à nouveau mon instrument favori. Mais là n’était pas la question.

Sur cette table il n’y avait que quelques croquis d’instruments que j’avais un jour voulu créer et qui n’étaient restés que schéma, idées, indications avortées. Il l’avait à peine touchée ? Comment pouvait-il ? Ils n’étaient pas faits l’un pour l’autre ? Je regardais, non, je détaillais cet individu, recherchant quel son pourrait lui procurer le plus de satisfaction. Je faisais mentalement l’inventaire de tous les instruments que je maitrisais et dont je pouvais faire une démonstration. Etait-il plutôt traditionnel ? Plutôt d’humeur à tester des instruments rares ? Aimait-il les sons pleins ou cristallins ? Comment visualisait-il la musique ? Grave ou aigu ?

« Qu’est-ce qui vous a déplu ? »

Je posais la question par rapport à sa basse, pour trouver un chemin où l’orienter. Dans ma tête, tout le monde pouvait trouver un instrument. La voix était le plus proche et le plus capricieux, selon moi, mais certains chantaient et d’autres jouaient, et chacun devait être en mesure de trouver une voie. Ne pas aimer la musique sonnait comme ne pas aimer respirer pour moi.
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MessageSujet: Re: 'boredom: the desire for desires'   Dim 13 Mar - 18:51



Le magasin n'avait en rien l'allure d'une simple boutique de guitares. Si Alec n'avait ni l’œil ni l'oreille musicale, son sens de l'observation l'avait vite amené à remarquer une petite salle, sorte d'atelier boisé débordant de maquettes et d'outils en tout genre. Un luthier, évidemment. Dans un milieu comme celui-ci, les créateurs n'avaient souvent pas d'autres choix que d'endosser un rôle commercial. Le blond masqué, lui, ne semblait vraiment pas y trouver son compte: il avait répondu assez froidement à sa question, laissant le sans-visage se retrancher dans son habituelle humeur taciturne. Il n'était pas venu pour converser, après tout.
Alec avait donc suivi le vendeur sans un mot, n'osant pas briser le silence quasi sacré qui régnait dans l'arrière-pièce couverte de sciure. En y entrant, son regard se posa sur la grande table de travail où se battaient de nombreux papiers gribouillés, plans et schémas d'instruments.  Des projets en cours, avait-il supposé. Mais si c'était le cas, l'homme masqué devait avoir du travail pour toute une vie. Des violons, des guitares, un piano... Il lui faudrait probablement des années pour arriver à réaliser tout ça! Ou peut-être était-il simplement doué.
La même voix froide qui l'avait laissé sans mot quelques secondes auparavant le sortit de ses pensées.

- C'est sûrement pas un chef-d'oeuvre de lutherie. Elle est vieille et en état, par contre.

Avait-il répondu, sans grande conviction. Alec avait toujours cette manie de justifier ses moindres faits et gestes. A vrai dire, il en était à se demander si il ne s'était pas trompé d'boutique. Mais quelle idée lui avait-il traversé la tête?
Il posa l'instrument – encore et toujours dans sa housse - à l'endroit qu'indiquait le vendeur. Au vu de tout le bazar qui trainait dans les environs, l'organisation ne devait pas être son fort. C'était un peu comme entrer dans un vieux cabinet de curiosité: il y avait de tout partout, des vieilleries, du bois et même des instruments dont il était difficile de deviner le nom. Cependant, même sans être fin connaisseur, l'environnement de travail était plutôt fascinant.
Lorsque son regard se posa à nouveau sur la table, le blond était déjà en train d'examiner l'instrument. Sa voix, comme détachée du monde, posa une nouvelle question.

- Déplu? Non, je suis juste mauvais à tout ça. C'est pas faute d'avoir essayer, pourtant.

Semi-mensonge. C'était vrai, ça, qu'est-ce qui lui avait tant déplu? Il ne s'était jamais vraiment penché sur la question, mais maintenant qu'elle lui était posée, Alec pas d'autre choix que d'essayer d'y répondre. Et pour tout dire, il n'avait aucune idée de ce qui pouvait l'éloigner tant que ça de la musique. Avec plus de soixante hivers au compteur, il aurait tout de même pu essayer de faire quelques efforts, non? C'était comme si un juge invisible l'avait déclaré inapte à s'adonner aux jeux de partitions et de mélodies. "Mauvais", ça, il l'était. Mais c'était seulement parcequ'il en avait décidé ainsi.

- J'suppose que c'est pas donné à tout le monde. J'veux dire la musique. C'est vous qui faites tout ça?

Il avait designé d'un vague geste les instruments de la boutique. Vu tous les papiers étalés sur la table, cela ne l'aurait pas étonné qu'il soit l'artiste derrière la plupart des objets exposés avec soin sur les murs. Cela expliquerait surtout le masque: la confection d'un instrument de musique ne devait pas être ce qu'il pouvait y avoir de plus sain  pour les poumons d'un pauvre humain. Alec n'en aurait probablement aucun effet secondaire. Un de rares avantages à ne pas faire parti du commun des mortels.
Il se rendit compte qu'il n'avait qu'à moitié répondu à la question du vendeur, mais peu importe les mots, Alec n'avait aucunement l'intention de traduire l'horreur que pouvait être son talent musical. Une autre fois, peut-être.

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MessageSujet: Re: 'boredom: the desire for desires'   Lun 21 Mar - 21:00
L’instrument n’était pas génial ; je l’avais à peine touché que je le savais déjà. Il n’était pas récent, c’était bien vrai. Je pouvais encore percevoir des endroits où la poussière s’était accumulée, des endroits qui étaient dur à nettoyer. En général, c’était ce que je reprochais aux instruments électriques : ils manquaient un peu d’âme, mais c’était sûrement le cas des instruments qui n’étaient pas uniques. C’était ce que j’aimais le plus dans mon travail de lutherie. Les bois différents, les vernis différents, les cordes différentes, les temps de pose, de séchage, rien n’était jamais pareil, tout était altéré par le temps, sauf moi.

J’avais glissé mes doigts sur les cordes. Carrément désaccordée, cette basse. Ce devait être un instrument triste ; même un mauvais joueur, tant qu’il transmettait son envie de jouer, pouvait la rendre plus heureuse que quelqu’un l’ayant abandonnée. J’avais fait quelques basses à un moment. J’avais appris à en jouer, sans exceller dans ce domaine. Je m’étais vite lassé, mais je savais toujours reconnaitre la sonorité d’un bon instrument. Je me demandais où il avait bien pu l’avoir. Il semblait avoir trente ans tout au plus, et je n’étais pas très bon pour ce genre de devinettes. Une brocante ? Un cadeau d’un parent ? Je me demandais si je n’en avais pas croisé de telles à l’époque de sa fabrication. J’étais vieux. Ca me fit sourire. Amèrement.

Il répondait à ma question tandis que je branchais la basse à un ampli de la pièce. Pourtant les humains disaient bien « quand on veut on peut », je ne comprenais pas. Et il fit cette remarque, que je n’avais jamais réellement supportée. Comme quoi, la musique, « ce n’était pas pour tout le monde ». J’aurais presque pu lever les yeux au ciel.

« Je ne peux être d’accord avec vous ; la musique est faite pour tout le monde, mais tout le monde ne veut pas faire l’effort de faire de la musique. Se dire que ce n’est pas fait pour nous, c’est sûrement se laisser impressionner par le musicien et sa technique au point de se dire qu’on ne pourra jamais le rattraper. Cependant, le musicien a passé et passe toujours des heures à s’entrainer pour devenir meilleur encore. J’ai l’impression que renoncer aux moindres difficultés, c’est lâche pour tous les musiciens qui travaillent leur instrument. »

J’accordais à l’oreille la basse entre mes mains, sans plus vraiment regarder mon interlocuteur. Je n’étais pas un adepte des monologues quand ce n’était pas à propos de la musique. Ça devait se voir dans… le soupçon de passion irrépressible dans ma voix ?

« J’imagine la musique comme un coup de foudre. On croise cet instrument, et on en tombe irrémédiablement amoureux. On écoute des morceaux où il est présent, et on passe par ce besoin viscéral de faire pareil ou même mieux. On apprend à jouer comme on apprend à connaître quelqu’un qu’on veut charmer. On est hésitants, tout est compliqué au début. On s’y prend mal, d’abord. Puis le dialogue s’installe, petit à petit. Dissonant puis harmonieux. C’est comme s’exprimer avec plus de sensibilité qu’avec les mots. Et l’instrument sous les doigts nous répond de sa propre voix, stimulé par le musicien. Et un beau jour, c’est la symbiose. Et ce sentiment dans la poitrine vaut bien tous les jours passés à s’écorcher les doigts sur des cordes ou à ressentir la crispation des muscles des mains. »

J’avais joué un peu pour tester l’instrument et aussi pour me dégourdir les doigts. Les basses étaient trop dures. J’avais oublié l’épaisseur des cordes et leur sensation sous la pulpe des doigts. Je jouais avec souplesse, tapant sur les cordes un accompagnement dont je me souvenais à peine. Le son ne me plaisait pas. Mais je l’avais su rien qu’en la sortant de l’étui, qu’elle ne me plairait pas.

« Bien sûr que non, je n’ai pas tout fait ; c’est impossible de réaliser tout ça en une simple vie, il faudrait bien être immortel pour avoir confectionné tous ces instruments ou ne pas avoir de vie, et encore… »

Et moi, je validais bien les deux critères.

« Il y en a qui datent de mon père, de mon grand-père, et ceux d’avant. C’est un savoir-faire familial, j’imagine. Il faudra que j’offre mon art à un apprenti un jour à mon tour. De plus, pour faire un instrument il faut être en mesure de le maîtriser, peut-être pas être un virtuose, mais au moins un très bon musicien. Ce serait bien compliqué, d’apprendre à jouer de tous ces instruments, n’est-ce pas ? »

Sur les murs de la boutique se bousculaient différents instruments à cordes comme des violons, des altos, mais aussi des guitares, des banjos, des mandolines, des guitares baroques, des luths. Une harpe triomphante se sentait à sa place, proche d’un piano, dans le centre de la pièce. Des instruments rares et exotiques étaient éparpillés ici et là, des violoncelles de différentes tailles reposaient dans un coin de la salle. C’était trop pour un humain, évidemment.


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MessageSujet: Re: 'boredom: the desire for desires'   Sam 2 Avr - 22:40



C
'était peut-être encore une erreur.  Une de ces excuses bidons pour se sortir de chez-lui et changer d'air. Ou une autre de ces galères qu'il essayait tant d'éviter. Alec n'en savait rien, mais ici comme ailleurs, il ne se sentait pas à sa place. Parler de musique? Lui? Pas que l'idée ne lui déplaise, mais quitte à être franc, il ne s'y était pas du tout préparé. Le domaine lui était complètement inconnu et, même avec une volonté de fer, il n'aurait à peine de quoi dire quelques phrases, si ce n'est quelques mots.
Non. Il n'était définitivement pas un musicien, ni même amateur de musique. Il en écoutait comme tout le monde mais connaître, ça, c'était autre chose. Les harmonies, les tons, les rythmes étaient autant de mystères que ce qu'étaient les monstres pour les humains. Des choses que l'on ne comprend vaguement que de loin, et que seuls quelques érudits peuvent se targuer d'avoir vraiment étudié.
Pour ce qui était de son cas, il valait mieux se taire. "Et d'une fausse note" pensa t-il, silencieux, s'amusant à deviner les grimaces que devait faire le vendeur sous son masque blanc. La basse était désaccordée depuis des lustres:  une véritable symphonie de bruits lugubres et de fils de fer vibrant tout en cœur. C'était un peu triste. Comme assister à la fin de vie d'un instrument. Et le pire dans tout ça, c'est qu'il était tombé sur un passionné.
Le vendeur accordait tout en parlant, presque machinalement, une lueur dans les yeux lorsque la musique revenait au centre du sujet. Il s'était lancé dans un interminable monologue qu'Alec n'osa même pas couper. Qu'avait-il à dire, au juste? Devait-il se justifier de ne pas pouvoir sortir une note juste d'un bout de bois mal luné? La symbiose, ah! Fallait-il encore être doué. Il y avait peut-être quelque chose de poétique dans les mots de l'homme au masque mais, venant d'un négociant en instruments, il était facile de penser le dialogue musical comme un coup de foudre. C'est ce que dirait n'importe quel cuisinier à propos de la cuisine ou n'importe quel galeriste à propos de la peinture.

- Peut-être que c'était pas le bon instrument, alors. J'ai jamais vraiment eu le temps de m'intéresser à la musique. Difficile de se poser, vous savez, entre les jobs et les galères quotidiennes...

Évidemment que non, il ne savait pas et c'était probablement le dernier de ses soucis, d'ailleurs. A l'écouter parler, la musique était bien plus qu'un simple passe-temps: c'était tout un programme, une raison de vivre aussi vitale qu'est le besoin d'oxygène. Un rien d'indispensable,  un rien de précieux. Pour tout dire, il y avait quelque chose de fascinant à s'imaginer qu'un simple hobby puisse devenir une telle obsession. Outre l'arnaque, ce dont il aurait bien aimé se passer si cela n'était pas devenu nécessaire pour survivre, Alec n'avait pas de ces violons d'Ingres qui dévorent et s'emparent de l'âme. Il gribouillait parfois, appréciait l'écriture, observer mais ce n'était rien. Seulement de vagues moyens de s'occuper l'esprit.
La musique quittant la conversation, le vendeur pris un ton plus distant, examinant une à une les cordes usées de la basse. Alec tenta d'improviser une réponse rapide:

- Entreprise familiale, hein? Je suppose que c'est logique avec un bâtiment comme celui-ci. Le quartier est peut-être pas le mieux placé mais... Bref. C'est calme au moins, vous avez la paix. Enfin...Vous avez pas l'air d'avoir foule, aujourd'hui...

Balancer à un vendeur une remarque condescendante sur la réussite de son échoppe, en voilà une bonne idée! Alec n'avait pourtant pas l'intention de sonner agressif. Comme à son habitude, les mots semblaient s'être échappés trop tôt de son esprit, laissant le son de sa voix seul juge de leur intérêt. Merde. Il détourna son regard du travail du musicien, observant un court silence pensif. Il y avait vraiment de tout et de n'importe-quoi ici. Peu d'instruments électrifiés. Quelques belles pièces. Beaucoup de cordes. Son regard s'arrêta sur la guitare acoustique qu'avait reposé le vendeur quelques minutes auparavant. Il n'avait peut-être pas le secret de l'immortalité mais il devait quand même savoir se débrouiller en la matière:

- Et hormis la guitare, vous jouez de quoi, vous?

Après tout, si la musique était sa raison d'être, peut-être pourrait-il l'éclairer sur son incapacité à démêler les sons pour en construire des mélodies. Ou un quelconque rythme. Ou même qu'une simple note. Ça serait un bon début, supposait-il. Et quitte à s'attarder, autant que ça serve à quelque chose.

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MessageSujet: Re: 'boredom: the desire for desires'   Ven 6 Mai - 21:32
J'oubliais parfois que la musique ne sonnait pas aux sourds, qu'elle n'était pas tant universelle, pas tant touchante pour tous. Et que tout le monde ne s'y dédierait pas, et que les humains avec les écouteurs aux oreilles qui fredonnent des airs modernes ne connaissaient peut-être  pas le sens du mot « solfège », et qu'ils n'avaient jamais cherché les différentes formations musicales, qu'ils ne sauraient pas ce qu'était la musique de chambre outre celle des corps, et en vérité je savais bien que la musique n'était pas une nécessité pour eux. C'était ce qui me faisait tenir, dans la hantise du silence de l'éternité. Les difficultés de la vie m'avaient échappé tant j'avais connu la gloire et la richesse. Cette vie en marge de la société me suffisait pleinement. Trouver un « véritable » emploi ne me suffirait jamais. Passer mes journées à m'aliéner devant une discipline inutile, dans la contrainte, dans la douleur psychologique la plus totale, ça ne m'avait jamais paru être la solution à la monotonie que les autres pouvaient penser en imaginant mes longues journées de travail solitaire.

« C'est dur de trouver le bon instrument ; on ne les connait jamais tous, je ne les connais pas tous non plus ; je connais tous les instruments qu'on retrouverait dans un orchestre classiques, n'empêche. Et quelques instruments plus exotiques. Mais je ne m'y connais pas en cuivres, enfin, pas assez, et peut-être que ce sera ce qu'il vous faudra à vous. Et je suis navré de ne rien pouvoir faire pour vous dans ce cas. »

Le commentaire sur le manque de succès de mon échoppe ne me fit pas tressaillir. Je ne comprenais pas entièrement tous les codes sociaux humains, ou du moins pourquoi ils haïssaient tant l'évidence. Le manque de client ne m'avait jamais préoccupé, mais n'importe quel commerçant se serait senti vexé, n'est-ce pas ? Il me fallut un léger temps de réflexion avant de trouver une réponse adéquate. J'avais vraiment perdu beaucoup de mes capacités sociales ces dernières années. Je me revoyais en 1854 bavarder avec les intellectuels tout en leur jouant un morceau de violon. La solitude use.

« A vrai dire, la plupart de mes ventes se font en ligne. Mes habitués vivent plutôt loin, c'est rare que je parte en déplacement dans d'autres villes pour aller réparer des instruments. Après tout il faut du matériel. Donc certains clients m'envoient leur instrument, et je le leur renvoie une fois réparé. »

J'avais fait de nombreuses pauses pour m'expliquer, ça soulignait un peu le fait que j'avais un peu de mal, pour toute cette partie vente ; et ça montrait aussi que je n'étais pas le plus à l'aise quand un autre sujet que la musique passait au centre de la conversation. J’avais arrêté de me soucier des affaires du monde, et à part regarder les nouveautés musicales, je ne savais plus vraiment m’intégrer aux bavardages banals qu’un vendeur utiliserait avec un client pour paraître plus amical ou quoi que ce soit d’autres. Je ne connaissais plus le léchage de cul qui consistait à tenter des connaître toutes les peines de la personne en face de moi et tenter de les agrandir en vidant leur porte-monnaie.

« Ça parait sûrement stupide, comme choix, quand on sait que la majorité de mes clients sont au final en Europe ou à New York et autres cités « dans le vent ». »

J’essayais de parler de manière détendue, j’avais encore du mal. Mais au moins je lui faisais comprendre que je ne lui en voulais pas pour sa remarque. Et il posa une autre question, et je me mis à réfléchir intensément à la réponse que je pourrais lui fournir, du coup. C’était sûr que je ne pourrais évidemment pas être franc. Comme il ne s’y connaissait pas vraiment en musique, il trouverait peut-être ça normal que je joue de plus de cinq instruments, mais il ne fallait pas aller au-delà de huit, sinon ce serait bien trop. Il fallait que je choisisse ceux que je maîtrisais le mieux, ce serait plus simple que de m’embêter avec autre chose ; et puis ceux que je maîtrisais le mieux étaient aussi mes préférés, donc bon. J’avais levé les yeux vers lui, comme si j’avais essayé de disséquer son visage pour essayer de cerner ce qu’il désirait. Que faisait-il vraiment ici ? Pourquoi avait-il pensé à amener une vieille basse ici au lieu de la revendre sur internet ? Un petit adolescent rebelle aurait pu la racheter, s’il ne l’avait pas vendue cher.

« Je joue du violon, de l’alto, du violoncelle, du piano et de la harpe en plus de la guitare. Je connais quelques morceaux à la guitare baroque et au luth, mais on ne va pas dire non plus que je sais en jouer. »

Mensonge. Je maîtrisais évidemment les deux instruments. Tout comme les flûtes que je vendais, les accordéons que j’avais rénovés, les sitars, les banjos, les ukulélés, les mandolines, les cithares (à ne pas confondre avec les sitars), les lyres, le seul shamisen que j’avais créé posé à côté d’un koto de ma confection, les différentes violes que j’avais façonnées puis remises en état ; j’adorais les cordes. Si intensément et profondément que je leur avais dédié ce temple. D’accord, j’avais des accordéons, quelques cuivres remis en état au hasard, des flûtes, des ocarinas, des xylophones, mais rien ne battait les cordes. Rien n’était capable d’un tel exploit.

« Je crois que c’est déjà beaucoup, donc je ne vais pas me plaindre non plus. »

Mais moi, je ne savais pas de qui ce vieux cœur était amoureux. Peut-être de tous les compositeurs qui avaient touché à ces instruments sacrés, à tous ces virtuoses qui nécessitaient des années d’apprentissage pour pouvoir jouer leurs partitions. Mais je n’avais pas eu mon coup de foudre, j’en avais eu des dizaines, et encore aujourd’hui, dans ce tourbillon de sons, je ne pouvais être sûr de ma préférence. Et ça me tuait de ne pas savoir encore.


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